20
September
Microfictions en Avignon
Après le marathon des demandes de subventions et les répétitions remises en place depuis le mois de mai, enfin le mois de juillet pointe à l'horizon.C'est avec des sentiments mitigés - les répétitions se sont bien passées, mais ont été un peu insuffisantes à mon goût, il y a des incertitudes quant au décor, nous n'avons pas toutes les réponses quant aux subventions - mais confiant et un peu impatient que je prends la voiture pour aller à Avignon.Ouf, j'arrive à caser l'intégralité du décor (c'était la condition sinequanone imposée à Velica).Le samedi, découverte de la salle ; elle est bien comme je l'avais imaginée : une boîte noire.Très bon accueil de la part de l'équipe du théâtre qui est à nos petits soins.Le dimanche, mise en place du décor avec Velica Panduru. L'espèce de granulé que nous mettons sur le sol et qui joue avec des teintes blanches, beiges et argentées est du plus bel effet.On dirait du sable. Hoda Kerbage crée une lumière en accord parfait avec ce dispositif scénique qui semble ainsi s'adapter à chaque scène, suivant son ambiance.Mais hélas, au bout de trois jours, nous déchantons. Les granulés font trop de poussière, mais surtout le montage et le démontage sont trop longs pour les conditions imposées par le système de programmation non stop pratiqué lors du festival off d'Avignon. J'accepte de jouer sur le sol nu, je fais le deuil de cette partie du décor. Heureusement, la lumière n'a besoin que de toutes petites adaptations, les ambiances créées par Hoda Kerbage subsistent.
Une deuxième difficulté pointe son nez : le vidéo-projecteur avec lequel je pensais projeter les vidéos n'est pas assez puissant. Les images ne remplissent pas l'écran et si on les agrandit, elles deviennent floues. Cela fait spectacle amateur. L'essai de projeter sur les pendrillons ou sur le mur nu n'est pas concluant non plus, on ne voit rien. Je décide donc de me passer de l'écran et d'enlever également les pendrions qui tapissent le mur du fond, de présenter le spectacle dans la boîte noire aux parois brutes qu'est la scène de la salle rouge du Théâtre du Bourg Neuf.
Ceci dit, même si je sens bien que la condition de metteur en scène est faite de concessions, de petits deuils du spectacle rêvé, je n'arrive pas à me résoudre à renoncer aux vidéos.
C'est pourtant sans vidéo que l'on jouera les premiers jours.J'ai déjà dit que nous avions été très bien accueilli. Le directeur du Bourg Neuf est un homme de théâtre et il ne peut envisager qu'après avoir renoncé à une partie de ma scénographie, je renonce également à la projection de mes images. Il loue donc un nouveau vidéo-projecteur, plus puissant. Cette fois, l'écran est top petit, les vidéos débordent du cadre, l'espace scénique est bizarrement réduit, enfermant le comédien. Nous essayons alors les murs noirs. Ils sont parfaits pour la projection des vidéos. L'effet est saisissant. Les réglages se font jusqu'à deux heures du matin et j'en profite pour souligner la disponibilité et l'engagement du régisseur général de la salle rouge, Jean.
Les 3 premiers jours passés, le bouche à oreille commence à opérer sur Microfictions. Le tractage intensif auquel je me livre avec l'aide ponctuelle de Catherine Creux et d'Eugen Jebeleanu apporte également son lot de spectateurs avisés. Dès le 13 juillet, nous ne désemplissons plus et ce jusqu'à la dernière semaine, qui, avec la fin du festival In et le départ du gros des festivaliers, s'avère plus difficile, surtout sur les trois derniers jours.Mais sur l'ensemble de la durée du festival, nous pouvons être très satisfaits. Nous avons réussi notre pari de dépasser un taux de remplissage de 50% en venant pour la première fois au festival, en proposant un spectacle exigeant, contemporain, qui à la base n'est pas une pièce de théâtre, une création n'entrant ni dans la catégorie comédie, ni dans celle du tout public, puisqu'elle était déconseillée aux moins de 15 ans. L'accueil du public a été extrêmement positif, soulignant tour à tour l'excellence du texte, de la mise en scène (notamment des vidéos ou du son !) et des comédiens. Les spectateurs ne peuvent souvent s'empêcher de comparer les comédiens. Ainsi, la plupart d'entre eux ont souligné la présence et le talent de Catherine Creux, le trouble suscité par l'accent roumain d'Eugen Jebeleanu ou la nature de Nathalie Vairac.
La musique des Playbackdolls, groupe de pop-rock autrichien dont des extraits de trois chansons faisaient le lien entre les scènes du spectacle, a remporté un vif succès. Nous n'avons malheureusement reçu leur CD qu'à la fin du festival et n'en avons vendu que trois, mais l'accueil fut très bon. Il en est de même pour le roman de Régis Jauffret dont sont extraits les scènes que nous avons jouées. Grâce au partenariat avec la librairie Mémoire du Monde, nous avons pu vendre vingt exemplaire du livre sur place.
La presse a également salué notre travail, tout comme un bon nombre de professionnels du spectacle vivant.
Reste la question de la diffusion du spectacle. Pour m'aider à accomplir le travail plutôt titanesque de convaincre les professionnels programmateurs et diffuseurs de venir voir Microfictions (il y avait plus de 1100 spectacles quotidiens cette année dans le Off), puis de les relancer et de vendre notre création, j'avais engagé une chargée de diffusion.
Or, au bout de deux semaines, je dus me rendre à l'évidence : le travail promis n'avait pas été accompli et les connaissances aussi bien du terrain que de ses acteurs (directeurs de salles, programmateurs...) étaient, sinon inexistantes, du moins très ténues.J'ai donc mis fin au contrat nous liant et ai repris le flambeau, avec le handicap certain de la perte de temps en amont.Aujourd'hui, le temps est à la reprise de contact avec les directeurs de salle et les programmateurs que nous avons vus.En tout cas, vu le succès de ce premier passage en Avignon, nous avons décidé de revenir l'an prochain avec Microfictions et si possible un autre spectacle.
20 September 2011 - Publié par jcsormain
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